Les « coulisses » de l’interview de Stromae
Les « coulisses » de mes diverses expériences, je vous les avais promises. Ça tombe bien, on va commencer par ma première interview, la plus éprouvante à mon avis. Vous allez vite comprendre pourquoi.
Après plusieurs semaines d’arrangements et de prises de contact avec la maison de disque de Stromae sans avoir de date fixée, je reçois un appel de son manager qui me propose de l’interviewer le soir-même. N’ayant pu trouver un moment assez long pour le questionner « en vrai », nous nous sommes donc mis d’accord pour tenter un challenge assez spécial, pour moi en tout cas, et réaliser une interview vidéo par webcam interposée (Skype). Il est 16H30 et l’appel vient de se terminer, j’avais un peu moins d’une heure pour rediriger mes questions en fonction du temps et trouver un moyen d’enregistrer ce skypecast, ce que je n’avais encore jamais fait.
Très vite, je me dirige vers le très connu « CamStudio » et ainsi faire une capture vidéo de mon écran et de la conversation vidéo, tout en enregistrant le son entrant dans mon micro (posé près de mes hauts parleurs, enregistrant donc ma voix et celle de Stromae). Les différents tests paraissent concluants et je suis (presque) sûr de moi.
18H30, l’interview vient de se terminer et je manque de tomber par terre. Une minute avant, je venais d’appuyer sur le bouton stop du logiciel après 50 minutes de questions-réponses et bim-bam-boum, une erreur d’enregistrement. Plus rien. Je tente de retrouver ne serait-ce qu’un fichier temporaire mais il ne me reste vraiment plus rien. Heureusement pour moi, Stromae, en plus d’être u n sacré bavard, est très compréhensif et accepte de refaire cette interview le lendemain matin. Je me mets alors à chercher un logiciel un peu plus fonctionnel, entretemps je vois sur internet que CamStudio n’est pas très puissant et ne supporte en effet que 10 minutes d’enregistrement, tout au plus. Le temps de ruminer encore un peu sur ce premier échec et je tombe alors sur Camtasia, qui me paraît beaucoup plus performant, rien qu’au niveau de l’esthétique. Sans pour autant être sûr de moi, je tente un enregistrement test d’une trentaine de minutes – on sait jamais ! – et tout fonctionne parfaitement.
Je dors parfaitement cette nuit-là, bien sûr, et me réveille vers 6H00 histoire de tester si tout fonctionne toujours. A croire que j’ai des dons de voyant, mon ordinateur m’affiche un bel écran bleu au démarrage et impossible de le démarrer, argh ! Hop hop, une petite demi-heure à arranger ce problème supplémentaire et tout semble enfin fonctionner.
- Euh.. Bonjour ! (il sortait vraiment du lit)
- Mh.. Salut Nathan, laisse moi 2 minutes je vais me coiffer
Et la suite, vous la connaissez, 20 minutes tout rond de pur bonheur pour moi maintenant disponible en vidéo sur Wat.tv, Vimeo et LeFigaro.fr
Je tire un grand « OUF » quand je coupe la conversation Skype. L’encodage est en train de se faire et tout à l’air d’aller. « C’est en faisant des erreurs qu’on apprend » dit-on, je crois que je viens d’apprendre une bibliothèque entière d’un coup là.
3.040 caractères pour vous dire que j’ai vraiment KI-FFÉ (roh, ben oui quoi). J’espère vraiment pouvoir refaire une expérience comme ça, mais j’ai encore beaucoup de choses à améliorer, pour ça il va falloir que Damien Van Achter me donne des cours
Pour ceux qui veulent encore de la lecture, pour ceux qui ne savent pas lire la vidéo sur leur mobile ou pour les blogueurs/journalistes qui voudraient tirer quelques-unes des réponses de Stromae dans cette vidéo (hum hum), voici une retranscription écrite de l’interview, en exclu pour vous chers lecteurs
Stromae, peux-tu te présenter en quelques mots (pour les lecteurs du Figaro.fr qui ne te connaitraient pas) ?
Je suis Paul Van Haver, de mon nom de scène « Stromae ». J’ai commencé la musique quand j’avais 10 ans, d’abord avec les percussions puis je me suis dirigé vers le hip-hop un peu plus tard. Mon premier maxi « Juste un cerveau, un flow, un fond et un mic » est sorti en 2007. 3 ans plus tard, j’ai progressivement changé de style musical pour en arriver à un mélange de rap et d’électro. Mon nouvel album « Cheese » est disponible depuis quelques jours.
Où te situes-tu par rapport aux différents styles musicaux comme le rap, l’électro, la techno, la house ?
Aucun de ceux-là, je fais tout simplement « du belge » ! A la base, c’est de l’électro et du hip-hop mélangés, mais c’est surtout de la chanson à texte, aussi, car je soigne mon interprétation. Ce sont des artistes comme Jacques Brel ou Edith Piaf qui permettent de faire vivre les textes et de les porter encore plus haut que ce que je ne le fais. Ces gens là sont de grands professeurs.
Est-ce que Jacques Brel est ton modèle ?
S’il ne devait y en avoir qu’un, ce serait lui : son œuvre et sa vie m’inspirent.
Quel effet cela fait d’être comparé à lui ?
Je suis Belge et cette comparaison me flatte. C’était un peu surprenant et imprévu pour moi quand on me l’a dit pour Alors On Dansetandis que cet effet pour mon « non-clip » de Te Quiero, qui était un plan séquence derrière mon micro, était recherché. Je vois Jacques Brel comme un professeur, et notamment dans l’interprétation.
En parallèle de Brel, tu as également un style vestimentaire particulier : classique et élégant, autant dans tes clips que sur scène. Serait-ce pour caricaturer le style stéréotypé « gangster » des autres rappeurs ou est-ce le tien ?
A la base, c’était surtout pour être différent. Mais mon but n’a jamais été de faire de l’humour en chanson. En quelques années, je suis passé du jogging-baggy un peu trop large à quelque chose d’un peu plus près du corps et qui me correspondait mieux. Je me suis surtout dit que ce lien entre le hip-hop et un béret serait plus marquant. Ma démarche était donc de me différencier plus que de caricaturer.
Régulièrement tu diffuses des vidéos sur internet intitulées « Leçons de Stromae » connaissant un succès fulgurant. Est-ce pour toi un moyen de fidéliser tes fans ?
C’est clair que c’était mon but, et je ne m’en cache pas mais c’est aussi une occasion de se montrer plus humain au lieu de n’apparaître que dans les clips. C’est une façon pour moi de ne pas me prendre au sérieux, puisque tout en jouant le professeur, je me tourne quand même en auto-dérision.
Dans ces mêmes leçons, la composition d’une musique paraît du coup très facile, est-ce que c’est volontaire ?
Pas vraiment, mais cela est peut être du à ma timidité que je cache en étant froid et cassant. Pour moi le plus dur c’est surtout la réflexion en amont de la création d’une musique.
A titre d’exemple, combien de temps t’as pris la création d’Alors On Danse ?
En l’occurrence, la composition de celui-ci ne m’a pris qu’une heure, en comptant les moments où je voyageais dans ma maison, m’affairant à deux trois petites choses, ma sœur à côté de moi s’occupant de mon petit neveu et tapant quelques notes de temps en temps. Cependant, l’écriture a pris plus de temps, environ 3-4 nuits pour finalement l’interpréter une fois et demander l’avis de mes proches. Après une centaine d’enregistrements, je me suis dit « celle-là, c’est la bonne ! », après une prise plus nonchalante que les autres.
Ton nouvel album est sorti ce 21 juin. En quelques mots, pourquoi ce titre, « Cheese » (= mot prononcé dans les pays anglophones avant de prendre une photo de quelqu’un, qui veut dire « souriez ! ») ?
Tout simplement parce que « Tout va bien ! ». Tôt le matin ou tard le soir, dans la tristesse ou dans la joie, le sourire est toujours là, de la photo individuelle scolaire jusqu’à aujourd’hui. Je ne tiens pas à raconter une fausse vie ou faire rêver les gens à l’aide d’un rêve américain mais plutôt de parler de vraie vie et je pense qu’on doit soigner le mal par le mal.
A écouter ton album, on pourrait justement penser que ton style est d’ironiser les phénomènes de société ?
Exactement, et j’étais persuadé qu’il était possible de parler de tranches de vie sur de la musique dansante.
Quel est le titre dont tu es le plus fier ?
Je reste encore indécis mais je pencherai plutôt pour Summertime, qui s’est réalisé assez rapidement, comme Alors On Danse. Et je pense que c’est dans la spontanéité que réside toute la puissance d’un morceau.
As-tu prévu une tournée pour bientôt ?
Les premières dates officielles devraient être pour l’automne, ce qui me laissera le temps de travailler dur pendant les vacances pour essayer de venir avec quelque chose de sérieux et profond sans négliger l’aspect de divertissement sur scène. Je suis en effet un « entertainer » et il y aura donc des chorégraphies, des « vrais » lives avec des « vrais » instruments. Ce sera un spectacle visuel à tendance minimaliste : je veux épurer un maximum. Quoiqu’il en soit, je compte quand même faire une tournée dans l’entièreté de la Belgique.

Bien joué
ahah, j’imagine les perles de sueur sur ton front quand tu te rend compte que ça a bugé la première fois!
Tu imagines très bien
Ah j’avoue rien de plus stressant que de voir qu’on a tout foiré après une longue interview… En tout cas sympa cette expérience, juste dommage que l’interview n’était pas faite IRL.
Well done Nathan;)
Ah, et j’ai pas parlé de l’épisode où j’ai su le jour avant que Stromae ne serai pas le lendemain à Bruxelles pour que je l’interviewe.
Article tres interessant et pertinant avec de bonnes anecdotes. Il serait interessant de savoir comment tu as contacte la maison de disque
Pour ça, c’est en partie grâce à William et au Figaro.fr
Bien joué pour avoir obtenu l’interview, malgré les galères.
L’étiquète « Figaro » permet d’ouvrir pas mal de portes, c’est bien vu.
@Keeg Oui, c’est un des avantages
Super interview, vraiment très originale. Continues comme ça